Semaine n°29 du 17 au 23 juillet 2006
"mise à nu "




Nuder. Le jour s'étirait nu comme un ver
qui vit cru dans les plis de sa chair.
Les idées se pressaient
pour le couvrir de leur regard
et l'habiller de désir, de sacré et de savoir,
car elles n'aiment les nus que dénudés
pour mieux y voir.
Ces idées occupent l'homme
depuis que l'homme devint homme
quand il vit qu'il était nu;
il en perdit la vue
et mit tout sous la garde de son regard.
Il inventa la nudité
pour se cacher de lui-même
et oublier le nu qui ne veut
qu'être et rester nu
dans l'éclat et l'effroi de l'instant.
A ce spectacle, le jour honteux rentra sous terre
et il ne refait surface
que pour se livrer nu,
là, où tout est là, comme çà,
sans au-delà ni en-deçà,
où rien n'est ôté, ni ajouté, ni caché,
où rien n'est à dévoiler, vérité instantanée,
rien à voir si ce n'est le visible même
qui surgit comme Eve
naît de sa coquille nacrée,
nu offert dans sa pudeur retenue.
Le jour accompagna Barnett Newman
pour voir les nus d'Ingres,
étendues monochromes qui révèlent
l'évidence du corps nu dans un dos infini,
comme si le nu était
le dos des choses et des corps.
Voyons les choses dans le dos du jour.

P.M.P.